Alpha : le précurseur du visual novel que Square Enix a laissé derrière lui

Alpha
Image d'illustration. Alpha — Square Enix / PR-ADN

Quarante ans après sa sortie au Japon, Alpha reste une curiosité majeure chez Square. Ce vieux jeu SF coche déjà la visual novel, avec un ton bien plus risqué que prévu.

En bref

  • Alpha révèle une facette oubliée et expérimentale de Square Enix.
  • Son récit de science-fiction se distingue par son ambition, mais aussi par un contenu érotique et des thèmes qui ont mal vieilli.
  • Avec une refonte moderne, Alpha pourrait redevenir pertinent.

Square a beau traîner l’aura de Final Fantasy partout où il passe, l’éditeur japonais garde dans ses archives un objet beaucoup moins propre. Alpha, sorti il y a 40 ans ce mois-ci au Japon seulement, reste l’un des jeux les plus étranges de son histoire. Et pas dans le sens gadget du terme.

Aujourd’hui, la maison s’appelle Square Enix et avance entre nouvelles licences et recyclage premium. Mais bien avant tout ça, il y avait ce détour de science-fiction adulte, bancal parfois, audacieux souvent.

Un ancêtre du visual novel

Sorti au début de juillet 1986 sur PC commercialisés au Japon, Alpha arrive après le succès de The Death Trap. On y retrouve l’idée d’une progression très centrée sur le récit, avec un parser textuel comme mécanique principale. Vous donnez des ordres, vous choisissez, et le jeu avance autour de Chris, une jeune femme amnésique.

La vraie curiosité, c’est la mise en scène. L’écran était partagé en deux, le bas pour les commandes et les dialogues, le haut pour de petits morceaux d’animation accompagnés de musique. En gros, une forme très précoce de ce que les joueurs appellent aujourd’hui une visual novel, bien avant que le genre ne revienne fort avec des noms comme Phoenix Wright ou Doki Doki Literature Club.

Une science-fiction adulte, fascinante et très datée

Le jeu de Square Enix ne se contente pas d’une aventure SF standard. Il glisse peu à peu vers quelque chose de plus ambigu, plus cérébral aussi, avec une morale franchement trouble. Certaines idées rappellent même, des décennies plus tard, les pistes explorées par NieR: Automata.

Mais il y a un gros astérisque. Alpha pousse aussi un registre d’exploitation érotique avec de la nudité, et des scènes où Chris se retrouve dénudée et enchaînée. Clairement, une partie du jeu a mal vieilli. Le mélange entre ambition narrative et sexualisation lourde reste pourtant ce qui le rend impossible à ranger avec les autres productions de son époque.

Pourquoi Square Enix aurait intérêt à le ressortir ?

C’est là que le dossier devient intéressant. L’univers de Chris, coincée entre une société qui s’effondre et une rébellion impitoyable, a déjà la base d’un remake moderne. En action-RPG, ça peut marcher. En conservant le format visual novel, aussi.

Avec les outils actuels, Square Enix pourrait donner plus d’ampleur au monde, garder une touche d’anime héritée des années 1980 et retravailler les personnages pour éviter le simple recyclage fétichiste. Surtout, les dilemmes entre autorités et rebelles collent bien à la réputation du studio en matière de récit complexe. Bref, Alpha n’est pas juste une note de bas de page bizarre. C’est une vieille IP qui pourrait redevenir pertinente, si l’éditeur accepte de regarder son passé en face.

CodexZéro

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