Succès au box-office : KPop Demon Hunters met en lumière le double discours de Netflix

Image d'illustration. KPop Demon HuntersNetflix / PR-ADN
Le film d'animation KPop Demon Hunters rencontre un immense succès au box-office, tandis que l’attitude de Netflix à son égard soulève des interrogations sur la cohérence de ses choix éditoriaux et la manière dont la plateforme de streaming valorise certaines productions.
Tl;dr
- KPop Demon Hunters est devenu le film le plus visionné de Netflix et a rapporté 19 millions de dollars lors d’une projection karaoké exceptionnelle.
- Netflix privilégie le visionnage à domicile et minimise les sorties cinéma, ce qui irrite les exploitants traditionnels.
- Le fossé entre Netflix et le secteur du cinéma se creuse, posant des questions sur la reconnaissance et la diversité culturelle en salle.
Un phénomène mondial au box-office
Le triomphe de KPop Demon Hunters sur Netflix a surpris toute l’industrie du divertissement. Ce succès retentissant produit par Sony Pictures Entertainment s’est confirmé lors d’une opération en salle exceptionnelle : une projection événementielle en version karaoké, limitée à deux soirées, qui a engrangé plus de 19 millions de dollars sur le territoire américain. De quoi donner le sourire au géant du streaming, rarement aussi présent dans les cinémas.
L’ambivalence stratégique de Netflix face au cinéma
Pourtant, derrière cette réussite se cache une stratégie pour le moins déroutante. Depuis des années, Ted Sarandos, co-PDG de Netflix, répète que le cinéma est un modèle dépassé : « Les gens veulent simplement regarder des films chez eux ». Une position clairement affichée lors du Time100 Summit, où il n’a pas hésité à qualifier la fenêtre d’exclusivité dans les salles obscures – généralement de 45 jours – d’anachronique. Conséquence logique : peu d’efforts sont consentis pour des sorties cinéma durables ou à grande échelle. Les rares exceptions servent surtout à rendre certains films éligibles aux Oscars – The Irishman ou All Quiet on the Western Front en tête.
L’histoire d’une relation tendue
Face à cette politique minimaliste, les exploitants traditionnels s’agacent. Chez AMC Theatres, Adam Aron refuse même désormais d’accueillir certains titres comme KPop Demon Hunters, fustigeant l’absence d’engagement réel envers le cinéma. D’autres réseaux (Regal, Cinemark) ont accepté la diffusion pour profiter du succès populaire mais sans cacher leur malaise.
En réalité, plusieurs signaux illustrent cette fracture :
- Cinéma IMAX convoité : Le prochain film Narnia par Greta Gerwig, attendu en IMAX sous la bannière Netflix, attise déjà la grogne parmi les exploitants.
- Cinématographie privilégiée : Des réalisateurs majeurs réclament désormais un vrai passage par les salles, quitte à délaisser Netflix.
- Dissonances publiques : Des acteurs comme Daniel Craig dénoncent ouvertement la logique purement opportuniste du géant californien.
L’hypocrisie pointée du doigt par le secteur
À mesure que Netflix capitalise sur un système qu’il juge pourtant désuet dès que cela lui profite, le fossé se creuse avec l’écosystème traditionnel du cinéma. La question n’est plus seulement celle d’un choix stratégique mais bien celle d’une reconnaissance mutuelle entre créateurs, exploitants et diffuseurs. Pour beaucoup dans la profession, ce jeu à sens unique apparaît autant comme une provocation que comme un danger pour la diversité culturelle en salle.
En somme, si Netflix souhaite réellement faire évoluer le modèle, il lui reste encore à convaincre ceux qui vivent et font vibrer le grand écran au quotidien.
