Scarface : du scandale à l’icône du cinéma

Image d'illustration. ScarfaceUniversal Pictures / PR-ADN
Un film qui a défié la morale et les autorités pour marquer l’histoire du cinéma.
Tl;dr
- Scarface a provoqué un scandale à sa sortie en 1932 et en 1983 pour sa violence et son réalisme sur le crime organisé.
- Les films ont été fortement censurés, avec des coupes, des sous-titres moralisateurs et des fins imposées pour satisfaire les autorités.
- La version de 1983, portée par Brian De Palma et Al Pacino, a relancé la controverse tout en devenant un classique du cinéma américain.
Un film sulfureux traversant les époques
Difficile d’imaginer aujourd’hui la tempête qu’a suscitée la sortie de Scarface, tant en 1932 qu’en 1983. Dès sa première diffusion, la version signée Howard Hawks et produite par le fantasque Howard Hughes a défrayé la chronique. À l’époque, la fascination pour les gangsters bat son plein, et Howard Hughes, fraîchement arrivé à Hollywood avec une fortune héritée, entend bien rivaliser avec les succès du genre comme The Public Enemy. Il s’appuie sur le scénariste oscarisé Ben Hecht, chargé d’adapter librement le roman inspiré d’Al Capone. Mais très vite, le projet se heurte à une censure acharnée.
La bataille contre la censure : entre blocages et compromis
Bien avant que le fameux Hays Code ne soit pleinement appliqué en 1934, la Hays Office veille déjà au grain. Les directives sont claires : pas question de glorifier le crime ou de rendre les gangsters sympathiques au public américain. Une lettre adressée à Howard Hughes ne laisse aucune place au doute : « Sous aucun prétexte ce film ne doit être réalisé… ». Pourtant, loin de se soumettre, Howard Hughes exhorte Howard Hawks à réaliser un film aussi réaliste que possible.
S’ensuit alors une série de coupes imposées, un sous-titre moralisateur — Scarface : The Shame of a Nation— et l’exigence d’une fin exemplaire. Entre différentes versions du dénouement — mort hors-champ ou pendaison — et projections interdites dans plusieurs États, le film connaît un parcours chaotique. Ironie du sort : malgré tous ces obstacles, il finit par devenir l’un des films criminels les plus influents de son époque.
L’héritage relancé par Brian De Palma
Cinquante ans plus tard, l’audace reprend ses droits lorsque Brian De Palma décide de réinventer Scarface. C’est à l’initiative d’Al Pacino, en quête d’un renouveau après quelques revers, que germe l’idée d’une relecture contemporaine du mythe. L’acteur campe cette fois un exilé cubain nommé Tony Montana — personnage haut en couleur qui gravite autour du trafic de cocaïne dans le Miami des années 1980.
Le scénariste Oliver Stone, alors lui-même confronté à une addiction destructrice, transpose avec brio l’intrigue sur fond de guerre contre la drogue menée par l’administration Reagan. Détail marquant : Oliver Stone écrira même le scénario depuis Paris pour s’éloigner des tentations.
Permanence du scandale et postérité inattendue
Les thèmes abordés – violence extrême, profusion de drogues, xénophobie latente – relancent inévitablement la polémique autour du film lors de sa sortie en 1983. La critique s’indigne ; certains dénoncent aussi une image négative des immigrés cubains aux États-Unis. Pourtant, malgré (ou grâce à) ses excès assumés et ses multiples controverses, Scarface s’impose durablement comme un classique incontournable du cinéma américain — témoignage éclatant d’une fascination jamais démentie pour l’ombre des gangsters sur grand écran.
