Drunken Master a révélé Jackie Chan au grand public

Image d'illustration. Drunken Master Seasonal Film Corporation / PR-ADN
La sortie de Drunken Master marque un tournant décisif dans la carrière de Jackie Chan, propulsant l’acteur au rang de star internationale grâce à un style unique mêlant arts martiaux, humour et acrobaties impressionnantes.
Tl;dr
- Drunken Master a renouvelé le cinéma de kung-fu en mêlant arts martiaux et comédie, sous la direction de Yuen Woo-ping.
- Le film transforme Wong Fei-hung en anti-héros irrévérencieux, rompant avec l’image morale et solennelle traditionnelle.
- Il révèle Jackie Chan et pose les bases durables du kung-fu comique, alliant vulnérabilité, slapstick et action spectaculaire.
Un vent nouveau sur le cinéma d’arts martiaux
En 1978, alors que l’âge d’or du cinéma de kung-fu bat son plein, un film atypique débarque sur les écrans de Hong Kong : Drunken Master. Si la décennie regorge déjà de chefs-d’œuvre comme The 36th Chamber of Shaolin ou encore The Seven Deadly Venoms, ce nouvel opus ne se contente pas d’enchaîner des séquences d’action virtuoses. Sous la houlette du jeune réalisateur Yuen Woo-ping, il opère une rupture audacieuse : injecter à la tradition du kung-fu une bonne dose de comédie et un héros loin des archétypes confucéens.
La métamorphose d’un héros populaire
Le cœur du film repose sur une relecture rafraîchissante du personnage emblématique de Wong Fei-hung. Jusque-là figure quasi-inamovible de sagesse et d’intégrité, popularisé notamment par les 81 interprétations de Kwan Tak-hing, le maître devient ici un jeune trublion indiscipliné, expert en farces potaches autant qu’en arts martiaux. Là où les adaptations précédentes misaient sur l’honneur et la morale, Drunken Master mise sur le rire et l’autodérision : Wong désacralise ses maîtres, esquive les entraînements et accumule humiliations publiques avant de trouver, grâce au mentor fantasque Beggar So (incarné par le père du réalisateur), une voie atypique vers l’excellence.
L’art du contre-pied permanent
Ce parti-pris n’aurait sans doute pas fonctionné sans l’énergie et la créativité d’un jeune acteur en quête d’émancipation. Jusqu’alors cantonné aux rôles secondaires – il fut même doublure de Bruce Lee –, Jackie Chan s’impose ici par sa capacité à incarner un anti-héros attachant. Lassé des carcans imposés par son ancien mentor Lo Wei, Chan revendique un style bien à lui : vulnérable, maladroit, parfois ridicule mais toujours combatif. Selon ses propres mots : « J’avais un style différent de Bruce, mon propre style… ». Cette volonté affichée transforme durablement le genre.
L’héritage Drunken Master dans la pop culture
On pourrait dresser la liste des principes qui feront école pour Jackie Chan :
- Démarrer chaque affrontement en position d’outsider ;
- S’assumer vulnérable et prêt à être malmené ;
- Mêler slapstick et prouesses physiques sans jamais dissocier humour et danger.
Aujourd’hui encore, rares sont les stars capables de jouer ainsi avec leur propre image. Beaucoup s’interdisent toute auto-dérision contractuellement – citons par exemple Dwayne Johnson ou Jason Statham dans la saga Fast and Furious. La formule inaugurée par Drunken Master, elle, reste inégalée : créer une tension permanente entre rire et adrénaline. Difficile après cela d’imaginer que Jackie Chan n’ait pas réinventé à lui seul la grammaire visuelle du kung-fu comique, tout en réconciliant tradition populaire et modernité cinématographique.
