Battlefield Earth : le naufrage culte de John Travolta

Image d'illustration. Battlefield EarthFranchise Pictures / PR-ADN
Quand la Scientologie s’invite à Hollywood, le flop devient historique.
Tl;dr
- Battlefield Earth, porté par John Travolta et lié à la Scientologie, s’est transformé en fiasco monumental au box-office malgré un budget colossal.
- Le scénario original de J.D. Shapiro a été dénaturé par des pressions extérieures, conduisant à son éviction et à un film truffé de choix absurdes.
- L’échec critique et financier reste un poids durable pour ses créateurs, symbole des dérives hollywoodiennes entre ego, argent et idéologie.
Un naufrage hollywoodien inoubliable
John Travolta, véritable icône du cinéma, n’a pas seulement brillé par ses succès ; il traîne aussi derrière lui quelques lourds échecs. Parmi eux, impossible d’ignorer le retentissant flop de Battlefield Earth, sorti en 2000. Adapté du roman de L. Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie, ce film de science-fiction disposait pourtant d’un budget conséquent – près de 73 millions de dollars – mais n’a récolté que 29,3 millions au box-office mondial. Si Battlefield Earth ne fait pas partie des sept films de l’acteur à afficher un score critique abyssal de 0% sur Rotten Tomatoes, il demeure malgré tout une référence majeure lorsqu’il s’agit d’évoquer les pires ratés du septième art.
Les origines tourmentées du scénario
À l’origine, le scénario imaginé par J.D. Shapiro devait être bien différent. Invité par le studio à plancher sur cette adaptation, le scénariste plonge dans l’univers de la Scientologie, s’informe, prend part à quelques séances et embarque même sur le navire Freewind. Ce travail l’amène à rédiger une version « plus sombre et complexe », selon ses mots, loin des partis pris esthétiques qui marqueront finalement le film : ralentis systématiques, dialogues décalés et perruques improbables.
Mais très vite, la pression exercée par le studio – sous l’impulsion directe de John Travolta et ses proches liés à la Scientologie – va transformer l’œuvre initiale. Shapiro se voit imposer des modifications absurdes : suppression de scènes clés, ajouts incongrus ou disparition pure et simple de certains personnages essentiels. Refusant ces compromis artistiques, il est remercié et remplacé.
L’ombre persistante d’un échec personnel… mais collectif
Même dix ans après la sortie du film – marquée notamment par un Razzie Award du pire film de la décennie –, J.D. Shapiro tentera d’expliquer sa mésaventure dans une tribune publiée au New York Post : un véritable mea culpa destiné à prendre ses distances avec cette catastrophe cinématographique. Pourtant, vingt-cinq ans plus tard, ce poids ne l’a toujours pas quitté : lors d’une soirée à Los Angeles en 2020, il réalise que son nom reste irrémédiablement associé à Battlefield Earth, au point qu’il a dû travailler sous pseudonyme pour poursuivre sa carrière.
Certains faits marquants illustrent ce naufrage :
- Bilan financier catastrophique : pertes monumentales au box-office.
- Malaise collectif : la plupart des acteurs peinent à rebondir ensuite.
- Critiques unanimes : jugements cinglants de Roger Ebert et The Guardian.
A qui revient vraiment la faute ?
Aujourd’hui encore, difficile pour J.D. Shapiro d’assumer publiquement ce fiasco qui reste pourtant davantage imputable à John Travolta, chef d’orchestre passionné du projet, et aux choix imposés par les sphères scientologues que lui-même. En définitive, si Battlefield Earth demeure une telle anomalie dans la carrière hollywoodienne contemporaine, c’est peut-être parce qu’il concentre tous les excès et travers qu’un système peut engendrer… tout en rappelant que même les légendes peuvent se perdre dans leurs propres rêves.
