Absolute Batman : un Joker au-delà de l’humain

Image d'illustration. Batman: EndgameDC Comics / PR-ADN
Dans cette réécriture audacieuse de Batman, le Joker devient une présence intemporelle qui manipule Gotham depuis des siècles.
Tl;dr
- Le Joker, sous la plume de Scott Snyder, devient une figure encore plus fascinante et troublante, questionnant sa nature humaine ou surnaturelle.
- Dans Absolute Batman, le comics explore l’idée d’un Joker immortel, influent et séculaire, transformant radicalement la mythologie de Gotham.
- Scott Snyder mélange tradition et subversion, semant indices et faux-semblants pour entretenir le mystère autour de l’origine du Joker.
Une légende revisitée
Dans les méandres de la culture populaire, rares sont les figures qui suscitent autant de fascination que le Joker. Rival éternel de Batman, ce clown démoniaque a toujours joué avec les limites du mal — mais sous la plume de Scott Snyder, son aura prend une ampleur inédite. L’auteur, dont l’attachement à l’horreur est notoire, a toujours su distiller une atmosphère troublante dans ses récits, poussant le Chevalier Noir à se confronter non seulement à son adversaire, mais aussi aux ombres qui planent sur Gotham City. Dans Batman: Endgame, puis plus radicalement encore dans Absolute Batman, Scott Snyder ose poser cette question obsédante : et si le Joker n’était pas seulement un homme ?
L’immortalité, ultime tour du Joker ?
Il faut dire que l’idée n’est pas nouvelle. Dans Batman: Endgame, alors que le commissaire Jim Gordon découvre d’étranges photographies où un visage blafard hante les tragédies gothamites depuis plusieurs siècles, la thèse de l’immortalité du Joker s’impose brutalement. De simple archétype du mal humain, il deviendrait ainsi un véritable démon local — une malédiction ancestrale, comparable au Pennywise de Stephen King. Mais la mécanique narrative des comics impose parfois ses limites : cette piste était finalement expliquée par l’existence d’un produit fictif, le Dionesium, capable d’offrir au Joker des facultés régénératrices temporaires.
Nouvelles règles pour une nouvelle mythologie
Là où Batman: Endgame hésitait à franchir le Rubicon du surnaturel, Absolute Batman s’y engouffre. Cette série, scénarisée par Snyder et dessinée par Nick Dragotta, bouleverse jusqu’à l’essence même de ses protagonistes : Bruce Wayne y perd son statut d’héritier milliardaire pour incarner un ingénieur issu des classes populaires ; sa mère survit tandis que son père tombe victime d’une fusillade — une relecture audacieuse du mythe. Mais c’est surtout l’introduction d’un Joker potentiellement séculaire qui intrigue : magnat tentaculaire dissimulé derrière J.K. Holdings et maître occulte de Bane, il semble posséder des ressources et une influence impossibles… sauf à avoir traversé les âges.
Scott Snyder aux commandes : entre tradition et subversion
La liberté offerte par Absolute Batman permet aujourd’hui à Scott Snyder d’affiner ses intuitions. À mesure que les numéros se succèdent, il distille habilement indices et faux-semblants sur l’origine réelle du Joker — évoquant même un ancêtre clownesque dans le Gotham du XIXème siècle. Est-ce là une énième manipulation du maître du chaos ou la naissance d’une légende nouvelle ? La frontière reste volontairement floue — preuve supplémentaire qu’après tant d’années passées à façonner les codes du genre, Snyder n’a rien perdu de sa capacité à surprendre.
Les lecteurs devront patienter jusqu’à l’hiver prochain pour lever (peut-être) le voile sur ce secret vieux de plusieurs siècles…
