Face à l’essor de l’IA, Ari Aster livre un regard inquiet sur l’avenir de la création artistique.
Tl;dr
- Ari Aster exprime une profonde inquiétude face à l’essor de l’IA, qu’il juge envahissante et quasi religieuse.
- Son nouveau film Eddington explore la confusion entre réalité et fiction à l’ère numérique, dans un monde saturé de réseaux et d’images.
- Comme Hollywood, il redoute la normalisation des contenus générés par IA, perçue comme une menace existentielle pour la création humaine.
L’inquiétude d’Ari Aster face à l’intelligence artificielle
Alors que le monde du cinéma se remet tout juste de la grande grève des scénaristes et acteurs américains, les propos d’Ari Aster, réalisateur acclamé de Hereditary et Midsommar, résonnent comme un avertissement. À l’approche de la sortie de son nouveau film, Eddington, le cinéaste américain s’est confié lors d’un entretien avec Letterboxd. Son anxiété profonde envers l’essor inexorable de l’intelligence artificielle occupe le centre de ses préoccupations.
Une frontière entre réalité et fiction qui s’efface
Le scénario même d’Eddington, une comédie noire aux accents néo-western portée par Joaquin Phoenix et Pedro Pascal, explore cette confusion moderne entre réalité vécue et monde numérique. Le long-métrage met en scène un shérif et un maire, pris dans un affrontement exacerbés par les réseaux sociaux durant la pandémie. Pour Ari Aster, ce glissement vers une existence mêlée aux machines n’a rien d’abstrait : « Ils ne parlent pas de l’IA comme une simple technologie. Ils lui vouent presque un culte. »
Son interrogation sur la perte de contrôle rejoint la réflexion du philosophe Marshall McLuhan. En citant Understanding Media, il interroge : sommes-nous les prolongements de la technologie ou ses serviteurs ? Cette référence souligne combien l’IA façonne désormais nos perceptions, tout en brouillant irrémédiablement les repères.
L’impact sur Hollywood : entre fascination et peur existentielle
À Hollywood, cette crainte a franchi le seuil du débat philosophique pour devenir une réalité concrète lors des grèves historiques de 2023 des syndicats WGA et SAG-AFTRA. Parmi leurs revendications figurait la protection contre l’usage non régulé des IA par les grands studios : écriture automatisée, création numérique des acteurs… Des clauses spécifiques ont été intégrées aux nouveaux contrats afin de préserver le travail humain face à la généralisation possible des contenus générés artificiellement.
Pour illustrer sa peur, Aster évoque le caractère insidieux de cette nouvelle normalité : « L’aspect le plus troublant, c’est que ça n’a plus rien d’étrange. Les vidéos générées par IA ressemblent tellement à la vie qu’on finit par s’y habituer sans s’en rendre compte. »
Eddington, sortie prévue pour juillet 2025
Dans cet environnement mouvant où artistes et techniciens peinent à garder prise sur leur art, le regard inquiet d’Ari Aster apparaît comme révélateur d’une angoisse collective croissante. Le rendez-vous est déjà fixé : son prochain film, très attendu, sortira aux États-Unis le 18 juillet 2025 – sans doute au cœur même des questionnements qu’il soulève aujourd’hui.