Disco Elysium prouve qu’un RPG peut être profondément humain

Disco Elysium
Image d'illustration. Disco Elysium — ZA/UM / PR-ADN

Sept ans après, Disco Elysium reste la référence du RPG narratif. Le plus frappant, c’est que son héritage avance sans la suite que tout le monde attendait.

En bref

  • Disco Elysium a révolutionné le RPG grâce à son écriture et ses mécaniques originales.
  • Les conflits et les départs chez ZA/UM ont compromis sa suite.
  • Son héritage se poursuit à travers de nouveaux RPG inspirés de son univers.

Un jeu peut marquer tout un genre, puis voir sa suite se volatiliser suite à la fermeture d’un studio. C’est exactement le cas de Disco Elysium, lancé le 15 octobre 2019, encore cité parmi les RPG les plus admirés, et pourtant presque condamné à ne jamais avoir de véritable prolongement.

Le plus dur, ce n’est même pas l’absence d’annonce. C’est que les morceaux qui ont rendu ce jeu si fort ne sont plus réunis.

Un RPG qui a déplacé le centre de gravité du genre

Si Disco Elysium tient encore aussi bien, ce n’est pas juste grâce à son enquête criminelle. Le meurtre à résoudre donne une direction, oui, mais le vrai moteur, c’est Harry Du Bois, un héros cabossé dont l’esprit devient presque le personnage principal.

Ses compétences parlent, contestent, séduisent, sabotent. Monter une statistique ne sert pas seulement à réussir un check, ça change la manière de penser de Harry et donc la nature même du role-play. Peu de jeux vont aussi loin dans l’idée que la mécanique raconte autant que le texte.

Et puis il y a Kim Kitsuragi, assez marquant pour donner envie d’obtenir son respect avant même de viser l’optimisation. L’écriture mélange l’absurde, la gêne, la tristesse, sans casser ses personnages. Revachol, de son côté, ne sert pas de décor pratique. La ville porte ses révolutions ratées, sa misère économique, ses survivants. Cette fusion entre personnages, univers et systèmes explique aussi son prix de meilleure narration aux Game Awards 2019.

Chez ZA/UM, la suite s’est cassée sur la réalité

Le problème, c’est l’après. Chez ZA/UM, la situation s’est enlisée entre départs, annulations et licenciements. Robert Kurvitz, Aleksander Rostov et Helen Hindpere sont liés à la disparition du projet de suite Project Y12, mais aussi de l’extension standalone Project X7.

Bon, le dossier n’est pas parfaitement net. Les versions divergent, les responsabilités exactes restent disputées, mais la fracture saute aux yeux. Quand les créateurs centraux d’une œuvre sont séparés du studio qui en possède la continuité, la promesse d’une vraie suite devient franchement fragile.

L’après ne ressemble pas à un retour

Zero Parades: For Dead Spies le montre bien. Le RPG d’espionnage de ZA/UM, sorti sur PC le 21 mai 2026, suit l’agent troublé Hershel Wilk avec un nouveau système de compétences psychologiquement chargées. La parenté est visible, mais ce n’est pas Disco Elysium 2, et Kurvitz n’en est pas le créateur.

Du coup, l’héritage s’est déplacé ailleurs. Christoffer Bodegard, développeur de Esoteric Ebb, a expliqué que Disco Elysium l’avait poussé à intégrer certains éléments à un RPG déjà en chantier. Les joueurs ont repéré la filiation très vite. Même logique avec Red Rooster chez Summer Eternal, un RPG physique où Redrick Roost, détenu, enquête sur un incendie avec un mathématicien dépendant aux opiacés. Le studio compte d’anciens développeurs de Disco Elysium, mais là encore, on parle d’un nouvel univers.

Bref, la suite rêvée semble perdue. L’influence, elle, continue de circuler. Et pour l’industrie, c’est à la fois une bonne nouvelle et un sacré gâchis.

CodexZéro

Spécialiste Pop Culture

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