Sept ans après son arrivée, Blasphemous reste un repère du Metroidvania moderne. Son impact dépasse son succès, jusqu’au retour appuyé du gothique.
En bref
- En renouant avec le gothique, le macabre et une noirceur assumée, le Metroidvania retrouve une identité forte avec Blasphemous.
- Son univers oppressant et sa difficulté exigeante rendent chaque exploration aussi brutale que mémorable.
- Le succès de la série a durablement ravivé l’intérêt pour les racines sombres du genre.
Il y a des jeux qui surfent sur une vague. Et puis il y a ceux qui la redessinent. Blasphemous, sorti en 2019, appartient clairement à la deuxième catégorie, parce qu’il a ramené au premier plan une idée que le Metroidvania avait un peu laissée filer, son goût du gothique, du malaise et de la noirceur pure.
Un coup de massue dans un genre en quête d’identité
Le genre vivait déjà un très joli retour en grâce, avec des titres capables de mélanger exploration, plateforme, action et mécanique RPG. Hollow Knight, par exemple, a brillé en trouvant un équilibre très fin entre l’école Metroid et l’école Castlevania. Mais parfois, cet équilibre lisse un peu tout.
Avec Blasphemous, le studio espagnol The Game Kitchen a pris une autre route. Plus tranchée. Le jeu assume presque sans détour son ADN Castlevania, avec une progression non linéaire, des builds à affiner et une ambiance qui ne cherche jamais à adoucir les angles. Franchement, ça lui va très bien.
Cvstodia, la violence transformée en direction artistique
Publié par l’éditeur Team17, le jeu plante son décor dans Cvstodia, un monde ravagé par The Miracle. Tout y suinte la foi déformée, le macabre et une forme de body horror assez rare dans le genre. Sur le papier, ça pourrait vite tourner au gore gratuit. En 2D, avec des sprites entièrement animés à la main, ça devient autre chose.
Cette violence a une vraie tenue visuelle. C’est sale, cruel, parfois franchement grotesque, mais jamais banal. Et comme l’exploration laisse une vraie liberté, sans garde-fous trop visibles, chaque détour dans cet univers donne l’impression de tomber sur un nouveau cauchemar soigneusement dessiné.
Une difficulté qui ne triche pas, mais qui cogne fort
L’autre force de Blasphemous, c’est sa dureté. Les zones elles-mêmes font mal, pas seulement les ennemis. Pièges environnementaux, séquences de plateforme punitives, morts à répétition, le jeu ne caresse pas le joueur dans le sens du poil. À chaque décès, une partie de la santé maximale est amputée jusqu’au retour sur le lieu de la chute, puis à la prière dans un sanctuaire.
Côté combat, même logique. Le joueur n’a que l’épée Mea Culpa, qu’il améliore avec de nouveaux combos et aptitudes. S’ajoutent les Prières, plus des Perles de Rosaire et des Reliques à équiper via un nombre limité d’emplacements pour des bonus passifs. Résultat, la progression repose autant sur la maîtrise que sur le build, avec des boss particulièrement mémorables dans leur laideur calculée.
Pourquoi son héritage compte encore aujourd’hui ?
Le premier épisode a trouvé son public autant chez les critiques que dans le grand public, puis Blasphemous 2 a confirmé le tir en 2023 avec davantage d’armes et un monde plus vaste. Ce n’était donc pas un accident.
Et c’est là que ça devient intéressant pour l’industrie. Le retour annoncé de l’imaginaire gothique dans Castlevania: Belmont’s Curse, prévu pour le 15 octobre 2026 sur PS5, Xbox Series XIS, Nintendo Switch et PC, ressemble à un rappel assez net de ce que Blasphemous a remis sur la table. Pas une copie, pas le même degré de brutalité, mais une même leçon. Dans un genre souvent obsédé par la formule, revenir à ses racines peut encore produire du neuf.