Les coupures d'Internet sont de plus en plus utilisées comme moyen de contrôler les conflits et d'exercer le contrôle de l'État. Cette pratique se généralise-t-elle trop et pose-t-elle un problème pour la liberté d'expression?
Tl;dr
- Le Bangladesh fait face à une coupure totale d’internet suite à des manifestations étudiantes.
- Le système de quotas pour l’emploi public, héritage de l’indépendance, est le cœur du conflit.
- La restriction d’internet est une pratique courante pour contrôler l’information en Asie du Sud.
- Le Bangladesh est l’un des principaux pays pratiquant des coupures d’internet pour réprimer l’opposition.
Crise au Bangladesh : l’Internet coupé pour étouffer les protestations étudiantes
Le Bangladesh est actuellement plongé dans une crise sociale sans précédent, avec une coupure totale d’internet orchestrée par le gouvernement. Derrière ce blackout numérique, c’est une vague de protestations étudiantes qui a déferlé sur le pays, entraînant la mort d’au moins 32 personnes selon l’AFP. Le point de discorde : un système de quotas qui réserve un tiers des emplois gouvernementaux aux descendants des vétérans de la guerre d’indépendance de 1971.
Violence et répression : la face sombre de la protestation
La capitale, Dhaka, a été le théâtre de scènes de chaos jeudi dernier. Al Jazeera rapporte que des milliers de manifestants ont pris d’assaut le diffuseur d’État BTV, causant d’importants dégâts matériels et piégeant des personnes à l’intérieur du bâtiment. Pour contrôler la situation, les autorités ont décidé de couper l’accès à internet et aux téléphones sur l’ensemble du territoire, une mesure couramment utilisée en Asie du Sud pour prévenir la propagation de rumeurs et exercer un contrôle d’État.
Les coupures d’Internet : une arme politique
La coupure d’internet est un moyen de plus en plus courant de réprimer les conflits dans le monde entier. Selon Access Now, une organisation de surveillance d’internet, le nombre de coupures à travers le monde augmente chaque année. En 2023, 39 pays ont collectivement coupé l’accès à internet plus de 160 fois pour diverses raisons, dont les protestations, les examens et les élections.
Le Bangladesh n’est pas un novice en la matière. Le CIVICUS Monitor, un outil de recherche qui fournit des données sur la situation des libertés civiles dans près de 200 pays, a dégradé l’espace civique du Bangladesh à « fermé », sa note la plus basse, après que le pays ait imposé six coupures d’internet l’année précédente. Le Bangladesh est ainsi devenu le cinquième plus grand perpétrateur de coupures d’internet en 2022.
Des promesses non tenues
Malgré une promesse de maintenir l’accès à internet pendant les élections générales de 2024, le régulateur des télécommunications du pays n’a pas tenu parole. Le Bangladesh a bloqué l’accès aux sites d’actualités pendant la période électorale.
L’avis de la rédaction
En pleine ère numérique, la coupure d’Internet devient une arme politique de choix. Si elle permet de court-circuiter l’opposition et de contrôler l’information, elle pose néanmoins de sérieuses questions sur le respect des droits humains. Face à ces pratiques, la communauté internationale se doit d’être vigilante et d’agir.